Evolution personnelle

J’ai fait des études de sciences politiques, ensuite j’ai travaillé pendant 3 mois en tant que conseillère en énergies renouvelables. Je me suis vite rendue compte que travailler dans un bureau ne me convenait pas, même si mon expérience professionnelle avait du ‘sens’ et contribuait à grande échelle à la construction d’un monde plus vert. J’avais besoin d’une expérience sur le terrain ; quelque chose de plus concret. C’était essentiel pour moi d’avoir un impact mesurable au quotidien ainsi qu’un métier avec des relations humaines.

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Aujourd’hui, j’enseigne le néerlandais en FWB. Malheureusement, le néerlandais n’est vraiment pas le cours préféré des élèves. Certains ont un a priori négatif par rapport au néerlandais. En effet, leur motivation est plutôt externe : une obligation de parler les langues nationales du pays, et rarement une vraie motivation interne ou une curiosité et une envie d’apprendre le néerlandais. Mon challenge se situe donc dans l’idée de redonner le gout et l’intérêt d’apprendre le néerlandais à mes élèves.

Puisque j’ai fait mes études en sciences politiques, plusieurs options de débouchés étaient envisageables. Le plus important pour moi était de m’engager pour une cause sociétale, j’avais besoin de la société, représenter une cause plus large que moi-même. C’était essentiel pour moi de travailler dans le but de construire une société plus durable au niveau écologique, économique, culturel ou social. Armer les jeunes avec les outils nécessaires pour faire face à la vie, et leur donner l’envie d’être acteur de changement, c’est une belle manière de s’investir pour une cause qui en vaut la peine. J’ai vite compris, grâce à mon travail de conseillère en énergies renouvelables, que je ne me sentais pas (encore) prête à changer les choses en haut de l’échelle, je me sentais plus apte à attaquer par le bas.  C’est crucial pour moi de connaître la réalité du terrain en l’expérimentant. Afin de ‘changer’ le système, il faut être en connaissance de cause et j’estime que le vivre et l’observer tous les jours est la meilleure manière de pouvoir aspirer au changement Mesurer le challenge par l’expérience est un premier pas vers la compréhension du problème et donc vers une approche de solutions adaptées.

Je viens d’un milieu privilégié, j’ai toujours eu le support de mes parents et de l’école, j’ai toujours fait partie d’un environnement scolaire stimulant. Passer d’une école internationale à une école catholique traditionnelle flamande, c’était déjà une grande étape. Ce qui me frappe le plus dans la plupart des écoles, ce sont les barreaux aux fenêtres qui donnent une impression d’emprisonnement. Comme si l’école était un lieu duquel on ne peut pas s’échapper. Mon but est donc de rendre l’école un endroit d’apprentissage, un endroit où l’on vient car on en a envie et non pas parce qu’on est obligé. J’ai besoin que l’école ait un sens, qu’elle représente une sécurité, un accueil. C’est néanmoins important que ça vienne des deux sens, que les élèves donnent du leur et que les professeurs les engagent à travers des projets par exemple. C’est important pour moi de créer une relation forte avec mes élèves. Mon plus gros challenge, c’est de faire changer cette idée d’école comme lieu obligatoire et passage obligé plutôt qu’un endroit d’épanouissement personnel et professionnel.

Selon moi, nous manquons cruellement de projets qui rassemblent les élèves et les professeurs. Des projets qui sont en réalité, une valeur ajoutée à l’école. Des projets qui permettent aux élèves et aux professeurs de participer, de s’investir dans l’école pour pouvoir la changer et l’adapter. C’est très difficile de leur donner l’envie de s’investir et je peux difficilement imposer un projet à tous les élèves. Mais c’est pourtant nécessaire de rassembler les élèves et les professeurs pour leur donner un sentiment d’appartenance, un esprit de solidarité, et ainsi générer un mouvement de groupe. Cela donne l’envie d’apprendre si l’on fait partie d’une communauté et que ce n’est pas ‘chacun pour soi’.

Ce qu’il y’a de plus stimulant selon moi ce sont les évènements, les sorties et les projets de toute sorte.

Je pense que Teach for Belgium est avant tout, une grande confrontation à soi-même. Les élèves peuvent être pleins de préjugés et de jugements tout en maintenant une grande ouverture d’esprit. Ces qualités peuvent être en réalité un vrai miroir de soi. Dans le milieu de l’éducation et surtout grâce à Teach for Belgium, on se remet tout le temps en question. Il n’y a donc pas de meilleure école pour apprendre à se connaitre. Le plus dur, c’est qu’aucunes capacités intellectuelles ou sociales garantissent la réussite. Peu importe, nos qualifications de base, on recommence tout à zéro devant une classe. C’est un exercice de maitrise de soi et une connaissance approfondie de soi-même qui nous guident petit à petit vers le succès.

Je n’aime pas décevoir, j’ai toujours envie de ‘plaire’ aux personnes autour de moi et qu’on m’apprécie en tant qu’enseignante ou collègue, c’est dur pour moi d’imposer une discipline. J’ai donc dû apprendre à mettre un cadre, des limites et appliquer les conséquences si les règles ne sont pas respectées (punitions etc).  Cet exercice m’a permis d’évoluer au niveau personnel et dans un cadre plus informel par la suite.

Je suis Alumni du programme Teach for Belgium, j’accomplis donc ma 3ième année dans l’enseignement. La raison qui m’a donnée envie de poursuivre en tant que professeure, c’est surtout car la relation élèves/professeur est très différente entre les petits et grands, j’avais donc envie d’essayer de donner cours dans les classes supérieures. Après deux ans, je suis plus disposée à créer des projets pour mes élèves. J’ai à cœur de renforcer les groupes en faisant ce que j’aime le plus : organiser des petits et, peut-être un jour, de plus grands projets. Je me rends compte que l’école est encore très traditionnelle, et pas forcément ouverte à d’autres initiatives. Mon but est donc d’amener mes élèves à se découvrir eux-mêmes ainsi que la société à travers des activités ludiques et des projets (pas que de la théorie, de la connaissance abstraite mais plutôt du mouvement et du concret). Par exemple, quand nous parlons de l’addiction au Smartphone « de smartphoneverslaving », les élèves peuvent s’inscrire au défi de 24 h sans téléphone. Sur le thème d’économies alternatives, nous avons installé un « geefkast » où les élèves et professeurs qui le souhaitent peuvent offrir des objets en bon état (des livres, bracelets, tasses…) ainsi que prendre ce qui leur plaît. Après, on en parle en classe en néerlandais.

A long terme, j’ai envie de m’investir dans le secteur de la jeunesse, peut-être dans un autre cadre que l’école. L’idéal serait de pouvoir coordonner des projets entre une école, les parents, les associations, le quartier, etc. comme ce qui est fait dans les « Brede Scholen » dans la communauté flamande. J’aime l’idée de rester en lien avec tout le monde et d’être la charnière qui maintient le lien.

Emma, a travaillé en tant que conseillère en énergies renouvelables, désormais professeur de néerlandais en communauté francophone

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