Mon rêve pour l’école

Taoufik Amzile a rejoint le Conseil d’Administration de Teach for Belgium en 2017. Il nous partage quelques réflexions sur l’évolution nécessaire de notre système éducatif.

De nombreuses voix, illustres ou non, font régulièrement ce constat : des étudiants du 21ème siècle, des professeurs du 20ème siècle et des méthodes du 19ème siècle. De ce fait, beaucoup a déjà été dit ou écrit sur le « factory schooling » et son inadéquation par rapport aux enjeux de notre époque et de nos sociétés, qu’elles soient situées au Nord ou au Sud du pays.

Personnellement, je rêve d’une école qui laisse la part belle à la réflexion, à l’analyse, à la co-création du savoir, à des élèves qui motivent leurs professeurs par leur vivacité d’esprit, leur curiosité intrusive, à des professeurs qui sont des coachs et qui préparent les talents de demain. J’ai demandé un jour au professeur de mathématiques de ma fille quelle application concrète d’une équation voyait-elle dans la vraie vie. Je voulais lui demander dans quelle mesure elle créait une connexion entre ce qu’elle enseigne et à qui (à quoi) cela servira concrètement. Elle me répondit que ce n’était pas son rôle et j’en fus vraiment peiné non seulement pour elle mais encore plus pour ma fille, obligée d’ânonner sans en voir le sens, le « purpose » diraient nos amis anglo-saxons.

Je rêve des professeurs qui sont des coachs et qui préparent les talents de demain.

Je suis convaincu que lorsqu’on redonne ce « purpose » tant aux professeurs qu’aux élèves, on peut réaliser des miracles. J’en ai fait l’expérimentation au bureau où il m’avait été demandé de travailler sur la motivation des équipes. Mes différentes interactions montraient clairement que les développeurs étaient en recherche de sens. Pas facile quand ils doivent “manger” du code toute la journée. Mais progressivement, avec des moyens simples et de l’empathie, nous sommes parvenus à les reconnecter à leur travail. Ils ne codaient plus simplement, ils mettaient à la disposition de leurs clients internes ou externes, des interfaces pour mieux produire de l’électricité, mieux en assurer la fourniture continue auprès de vous et moi. Ils comprenaient que si telle fonctionnalité n’était pas complètement opérationnelle, elle mettait en péril une longue chaîne de valeur ajoutée. Il y a du courant dans les salles d’opérations de nos hôpitaux et c’est aussi grâce à eux. Et je les remerciais pour cela.

Vous connaissez tous cette fameuse réflexion de Montaigne: “J’aime mieux une tête bien faite qu’une tête bien pleine” et le mot d’esprit de Clemenceau à l’égard de ses deux collègues en politique: “Poincaré sait tout, mais il ne comprend rien; Briand, lui, ne sait rien, mais comprend tout”.

Je crois que notre enseignement a longtemps fabriqué des Poincaré. Nous devrions rééquilibrer cela en offrant à nos sociétés davantage de Briand, capables de s’adapter facilement, d’assimiler rapidement (et quand cela est nécessaire) ce qu’ils ignorent, de traiter les données disponibles partout aujourd’hui et non de les mémoriser simplement.

Malgré le consensus sur l’urgence de changer, très peu de choses avancent. L’éducation est un paquebot et non une vedette rapide. Et Teach for Belgium est une belle opportunité de faire avancer le curseur tant au niveau du débat que de l’action sur le terrain et donc dans les écoles.

 

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