Ce ne sont pas les heures de cours le plus difficile, c’est d’y renoncer

“Je les ai le vendredi en dernière heure, impossible de les tenir calmes”, “Moi c’est le lundi première heure, la moitié de la classe dort”, “Je les ai juste après la récré, il me faut presque 10 minutes avant de réellement donner cours”. Toutes les heures en classe sont intenses. De nature optimiste, je décide que chaque heure en classe est une bonne heure. Malgré cela, certaines sont plus difficiles que d’autres, comme ce lundi 3 décembre, 4e heure de la journée. J’ai cours avec les “6 Handel”. Une classe pleine de jeunes gens charmants, mais assez agitée : quelques garçons qui aiment faire le show au premier rang, des filles qui papotent et traînent sur leur GSM derrière, et d’autres qui font ce qui leur est demandé, impassibles face au chaos qui règne.

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Qui dit décembre dit approche des examens. Ce lundi n’échappe pas à la règle, au programme de compréhension à l’audition hors session avec une vidéo intitulée “Qui paie la gratuité ?”. Tout est prévu, mes photocopies sont prêtes à être distribuées. J’ai répété mon petit discours de début : le déroulement, les consignes, les règles, le mot d’encouragement, tout est au clair. La sonnerie signe le début des festivités : je m’en vais chercher mes élèves dans la cour de récré. Après un petit moment de repérage, je finis par rassembler toutes mes brebis et nous montons en classe. Pendant qu’ils s’installent, je prépare la vidéo. Mince ! Le son est aux abonnés absents. Enfin, celui de la vidéo, car au moindre moment de suspense, les conversations et cris prennent possession de la classe. Avec l’aide de quelques élèves, je parviens finalement à mettre la vidéo. J’attends le silence, en vain. Je décide de lancer l’écoute malgré tout. Je les avertis qu’ils sont en train de perdre une occasion qu’ils ne récupéreront pas. Cela ne semble pas leur poser problème. Première écoute clôturée et des élèves toujours dissipés. Je remets la vidéo. Certains élèves se sont calmés, pas tous. Un prof d’une classe voisine finit par pointer le bout de son nez, une fois reparti, les élèves manifestent leur mécontentement suite à cette “intrusion” et en rajoutent une couche. Je demande le silence, ils obtempèrent plus ou moins. Il ne reste maintenant qu’une écoute et je me fais du souci quant à leur réussite, mais je ne peux pas revenir sur ma parole et leur accorder une écoute supplémentaire, cela enverrait un mauvais signal. Cette fois-ci, tous grattent, rapidement. Quelques soupirs se perdent, mais ils semblent finalement appliqués. Je récupère les copies. Il sonne. Je profite de mon heure de fourche pour corriger. Les compréhensions à l’audition sont pour la majorité réussies. Pourtant, je n’ai pas le sentiment que le contenu de la vidéo ait été assimilé. Dommage, j’espérais avoir trouvé un thème qui les intéresse. Je termine ma journée avec les “5 et 6 Kantoor”. Je rentre chez moi, plus d’une heure et demie de trajet pour faire la transition, piquer un petit somme et finalement retrouver mes colocataires à qui bien évidemment je raconte mes péripéties.

Quelques jours plus tard, je retourne dans cette école, où je suis remplaçante jusque fin décembre. Sur le chemin du retour, je croise une partie de mes élèves de “6 Handel”, mes showmen du premier rang. Au fil de la discussion, ils en viennent, d’eux-mêmes, à me reparler de la vidéo vue quelques jours auparavant. Fiers, ils me ressortent tout ce dont ils se souviennent. À ma grande surprise, leur récit est plutôt complet et structuré. Je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire de satisfaction, non sans leur glisser qu’il est primordial qu’ils soient plus calmes en classe, si ce n’est pour eux-mêmes, pour leurs camarades.

 

Dû à mon statut de remplaçante, j’ai dû, il y a un mois de ça, dire au revoir à 37 élèves qui m’auront autant mené la vie dure que fait rire et laissé de beaux souvenirs. Et finalement, ce ne sont pas les heures de cours le plus difficile, c’est d’y renoncer et de ne plus pouvoir suivre ces petits jeunes gens à qui l’on finit indéniablement par s’attacher.

Martina, Master en Criminologie, désormais professeur de français dans la Communauté flamande.
Cet article a été publié le 21 janvier 2019 dans le cadre d’un column pour le journal La Libre.

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