La revalorisation du métier d’enseignant

Après 5 magnifiques années d’études en traduction-interprète, j’annonce fièrement à mon entourage que je deviendrai professeur de langues modernes dans le secondaire à la rentrée prochaine.

Réactions attendues : Bravo, c’est un super métier, quel challenge !

Réactions reçues : Margaux, tu es une fille intelligente… tu peux faire mieux que ça avec ton diplôme. Tu gagneras bien mieux ta vie dans d’autres métiers.

Bref, j’allais devenir prof.

La valorisation d’un métier se mesure par sa rémunération, sa charge de travail, le statut qu’il porte ou encore les compétences requises. Dans cette perspective, je peux comprendre la réaction de mon entourage. Le salaire d’un enseignant, bien que correcte à l’entrée, n’augmente que très peu au long de la carrière, la charge de travail est vue comme dérisoire compte tenu des horaires et de la quantité des vacances scolaires et les compétences requises mineures.

Me voilà dans ma cinquième année en tant que prof et autant vous dire je découvre tout le contraire !  Le métier d’enseignant c’est bien plus qu’une journée à transmettre des savoirs sans se soucier du résultat. Être enseignant, c’est savoir écouter activement et patiemment chaque élève, avec ses questionnements et ses affirmations. C’est savoir enthousiasmer des adolescents au quotidien et gérer un groupe avec ses crises et ses joies. C’est savoir travailler seul, sans soutien d’un manager et en collaboration avec ses collègues sans aucune formation sur le travail ou la performance d’équipe. C’est apprendre la gestion du temps, parce que 50 minutes, le temps d’un cours,  c’est beaucoup et rien à la fois. C’est savoir être flexible et accepter que de temps à autre les 50 minutes qu’on avait préparées pour développer le vocabulaire d’une lettre de correspondance commerciale passent à la gestion de certains conflits entre élèves. C’est apprendre à apprendre comment solutionner une dispute dans le respect des uns et des autres avec des moyens de communication adéquats. C’est encore tant d’autres compétences qui tous les jours sont mises à l’épreuve, nous demande de nous dépasser, de trouver des solutions constamment, d’être créatifs et d’être aimant.

L’enseignant est aussi le ou la compagne, l’ami.e qui ne cesse de parler de son métier. Adressez-vous à n’importe quel.le enseignant.e, il ou elle aura toujours des histoires à vous partager ou une situation sur laquelle brainstormer. Nous sommes sans cesse à la recherche d’idées plus créatives, de sorties plus éducatives, de pédagogies plus adaptées, de moyens de corrections plus efficaces afin de maximiser nos heures de travail. L’enseignant est un inventeur permanant de sujets, jeux, atelier, objets à apporter en classe, vidéos ou supports plus inspirants. Tout cela face à une génération habituée au zapping et aux écrans.

Enfin le métier d’enseignant, c’est porter à la fois la casquette de parent, psychologue, ami.e, conseiller.e, guide, coach en orientation, médiateur, détective, etc. Toutes ces casquettes nous les mettons à tours de rôle pendant la journée. Je n’ai jamais douté une seconde de ma carrière et de mon choix. Ces adolescents sont notre futur, ce sont eux qui prendront des décisions en fonction de ce que la vie, leur entourage ou l’école leur aura appris. Ils sont jeunes et plein de rêves, de motivation, de curiosité mais aussi d’incompréhensions, de doutes et de questionnements. Mon rôle est de les guider à travers le savoir mais aussi à travers leurs objectifs de vie. Mon quotidien ainsi que le leur est entravés d’erreurs, mais il faut continuer de croire et faire comprendre que ceux-ci sont des apprentissages, pour eux et pour moi. Ce métier c’est aussi une quantité innombrables de petites victoires et de réussites, des découvertes positives qui les et me font avancer dans notre développement personnel, dans notre capacité à nuancer et à relativiser ainsi que dans nos apprentissages et nos envies pour le monde de demain. C’est alors un visage illuminé et remotivé qu’on a face à soi et pour moi c’est le plus beau des salaires.

C’est l’accomplissement de ces enfants ou adolescents qui se sentent incompris et qui soudainement ont envie de s’investir dans la vie et dans leur propre éducation qui est ma voiture de société ou mon bonus de fin d’année!

Margaux Caeymaex, enseignante à l’Instituut Anneessens-Funck

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