Pourquoi j’ai décidé de rejoindre Teach for Belgium ?

25 mars 2016, les rues de Bruxelles sont désertes et il y règne une atmosphère lourde et pesante.

Le cœur lourd et serré, j’ai du mal à avancer pour atteindre la banque où je travaille maintenant depuis 11 ans. Une question sans réponse fuse dans ma tête : Quel monde transmettons-nous à nos enfants ?

Si je pouvais rêver, j’aimerais dire aux adultes de demain que tout est possible et qu’il faut croire en soi et en ses rêves. Mais pourquoi alors avais-je arrêté de rêver ?

J’ai moi-même eu une adolescence compliquée. J’ai très tôt été confrontée à des professeurs qui m’ont expliqué que je devais accepter que je ne serais pas capable de faire tout ce que je voulais. J’avais refusé ce constat et c’est en rêvant de plus de justice que j’ai finalement étudié le droit. Vingt ans plus tard, je rêve toujours d’un autre monde… plus juste. J’aurais voulu pouvoir me rendre utile à la société.

« Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve. » Antoine de Saint-Exupéry

J’ai alors demandé un congé sans solde de 2 ans en vue d’intégrer le programme de l’ASBL Teach for Belgium pour donner cours dans une école à indice socio-économique faible en pénurie de professeurs. Mon employeur a accepté cette demande, ce qu’il n’était pas obligé de faire. Par contre, beaucoup de personnes de mon entourage, n’ont pas compris cette décision. Ils s’inquiétaient pour moi car, selon eux, j’allais tout droit …au casse-pipe : « Pourquoi, penses-tu, qu’il existe une telle pénurie de professeurs ? »

Pourquoi ? L’éducation de nos jeunes ne devrait-elle pas être notre priorité ? Ne sont-ils pas l’avenir de notre société ?

Le métier d’enseignant est un métier crucial, passionnant et humain mais il est aussi épuisant, mal rémunéré et mal reconnu. C’est dès lors consciemment que je me suis investie dans ce projet. Sur base de mes études et de mon stage d’avocat en Flandre, la chambre des pénuries, m’a octroyé le droit de donner cours de néerlandais. La pénurie est également criante pour les mathématiques et les sciences.

J’ai dû faire preuve, à certains moments, de détermination car bien entendu et comme prévu, cela n’a pas été facile tous les jours. La démotivation, la violence verbale et physique, le racisme, le sexisme font partie du quotidien de certains jeunes car certains ont déjà vécu très tôt de grandes difficultés dans leurs vies familiales ou scolaires. Batailler pour soutenir, faire réfléchir et faire grandir est vite devenu ma priorité en classe. C’est ainsi que j’ai reçu le surnom de « Son Goku », célèbre guerrier manga pour son énergie et son appel d’énergie aux autres guerriers. Lors de mon dernier appel d’énergie, Aurélie a saisi la main de Lethicia assise devant elle en lui demandant d’attraper la mienne. Reboostée par mes élèves, je ne cesse de leur dire : « Vous êtes importants et le premier objectif de l’école est celui de votre épanouissement pour que vous soyez et deveniez les personnes que vous souhaitez être ».

« Je m’en sortirai, je te le jure
A coup de livres, je franchirai tous ces murs

Envole-moi, envole-moi, envole-moi
Loin de cette fatalité qui colle à ma peau
Envole-moi, envole-moi
Remplis ma tête d’autres horizons, d’autres mots »
JJ Goldman

Bien sûr, l’envol est différent pour chacun. Je repense à celui de Jérémie. Une minute après avoir reçu son interrogation, il a retourné sa feuille et a déposé sa tête sur son bureau. Je me suis alors mise à son niveau pour lui dire : « Jérémie, tu joues au foot ? N’est-ce pas ? Et bien, c’est pareil. Après nous être entraînés pendant plusieurs cours, maintenant, c’est l’heure du match. C’est le moment de donner le meilleur de toi. ». Jérémie a non seulement réussi son interrogation mais également son CE1D.

Je suis extrêmement fière de mes élèves, de leurs efforts et de leurs choix. Je crois en eux et en leurs capacités de réussir leur vie et de faire évoluer le monde et la société.

Et vous ? Envie d’impacter et de faire évoluer la société ? Tout comme dans la légende du colibri pour la construction d’une société d’avenir, tous les gestes comptent. Alors pourquoi pas vous ?

Une chronique d’Aurore Meganck, enseignante de néerlandais en FWB

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s